Mais déjà il tourne le dos, sourd à mes appels de vacancière attardée sur le quai maintenant désert.
Heureusement il me reste, dans la poche de ma veste, un beau souvenir.
Un souvenir parfumé de lumières pré-automnales, dorées et miroitantes, caresse presque mordante sur mon pull noir.
Un souvenir qui malgré tout, aura refusé de courir avec le temps pressé, les activités débordantes, cette boule de nerfs acérés que l'on nomme rentrée.
Une langueur qui s'étire dans la fin de l'été...
Petite remontée dans le temps. Nous sommes le 14 septembre, c'est un dimanche. Météo plus que clémente, et une drôle d'envie dévorante de battre la campagne.
Mais pas n'importe laquelle. Je vous emmène dans le Pays Fort, entre Sologne et Sancerrois.
En réalité, ma visite a un but. Comme toujours, une crise d'esthétisme me pousse à sortir de ma tannière.
J'ai rendez-vous avec une artiste. J'ai la chance de la connaître, de travailler même avec elle.
Ses photos sont exposées (jusqu'au 30 novembre 2008) dans une auberge, La Vouivre, dans un petit village: Neuvy-Deux-Clochers.
Je ne nierai pas que la perspective de remplir mes yeux des oeuvres de Sophie en dégustant les plats du chef figurait dans mes perspectives de réjouissances. Je ne fus déçue ni par les unes ni par les autres.
Une farandole de mets raffinés, colorés, savamment présentés, se sont offerts à mon palais. Mention toute spéciale à l'entrée, chèvre chaud sur tartine croustillante de pain d'épices et pêches de vigne, troublante de sensualité, et au dessert, un bonheur d'oranges confites et une mousseuse omelette norvégienne... Je suis plus réservée sur le plat, mais cela vient sans doute du fait que je ne suis plus habituée à la tradition française, un peu trop... riche.
L'entrée, tout un poème...
Photo Lilichocolat
La salle du restaurant, couleurs chaudes et matières nobles, mettait en valeur le travail de l'artiste.
De grandes et moins grandes photos, certaines mises en scène, d'autres prises au détour d'une promenade, dans les marais de Bourges. Sous l'objectif de Sophie, les éléments de la nature reçoivent comme une âme, une envergure. C'est un peu comme si elle savait les faire chanter, et nous invitait en même temps à écouter la musique secrète de leur rythme, de leur saison, de leur éphémère. Une feuille n'est plus seulement feuille, elle est danseuse délicate, relief d'une existence invisible et forte. Une flaque se transforme en nuage volubile et mystérieux, elle semble rire de notre ignorance: "Hé, mais oui, l'art est partout pour qui sait voir".
Dans cette fraîcheur d'automne, je me laisse aller. Une douce torpeur m'envahit quand je franchis le seuil du restaurant, ou, devrais-je dire, du refuge idéal pour une journée d'automne langoureuse et tranquille.
Je garde une image. Sans doute ce qui pour moi pourrait être un symbole: une harmonie entre l'homme et la nature, vue par Sophie.
Photo: Sophie B., reproduction pour le blog avec l'aimable autorisation de l'auteur
Pour découvrir davantage l'univers de Sophie, une petite visite ici

