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Dimanche 14 juin 2009
"Vous êtes vous tenu les promesses que vous vous êtes faites à l'adolescence?" demandait Pierre Pradervand dans le livre Découvrir les vraies richesses...

Une question bien plus profonde qu'il n'y paraît... Bon nombre des rêves que j'avais à l'époque n'ont pas vu le jour, du moins pour l'instant, en raison de choix plus ou moins rapides à faire dont on ne mesure pas toujours les conséquences. Et qui nous entraînent dans une vie différente, parfois loin de ce qu'on avait imaginé.

Parfois aussi, certaines vieilles idées, certains vieux rêves se réalisent. Sous forme d'impulsion que l'on croit n'avoir pas provoquée, de "hazard" (mais existe t-il vraiment...). Oh, pas des grands rêves imprécis, qui viennent davantage combler un manque que relancer les dynamiques personnelles. Non, plutôt ce genre de détail qui s'incarne dans une entité, et qui représente une part de nous-même, une cohérence supplémentaire.
Un voyage, une acquisition, une scène de vie... Fixés depuis longtemps dans ce que l'on pourrait appeler une mémoire a posteriori, et qui déclenchent, le jour où l'on vit enfin la rencontre / le voyage / l'achat / la visite, une sensation de plénitude et de limpidité parfaites.

Il me semble que c'est ce qui m'arrive. Bien sûr, les éléments extérieurs participent, de près ou de loin. Des facteurs concordent, et le Moment arrive.

Tout a concordé. Les conditions, l'accord commun (parfois, pour réaliser son rêve, on a besoin de l'éprouver auprès de ceux dont on partage la vie), la capacité à assumer les conséquences de l'acte, la mesure de l'engagement.
Une intuition intérieure qui a permis de savoir que oui, c'était là, maintenant, que les choses allaient se jouer.

Et la dimension d'une rencontre, une entente réciproque.
Si j'en parle ainsi, c'est parce que je crois, je suis même sûre, que les mécanismes du bonheur et de l'épanouissement sont transposables. Même façon de s'y prendre pour réaliser un petit rêve, écouter un petit besoin intérieur, que pour donner du sens à sa vie, ou la transformer, guérir, s'affranchir.

En dépit des doutes, des résistances anciennes qui viennent interroger encore et encore, il faut plonger à la recherche de sa voix intérieure, sa source, celle qui sait qui nous sommes et ce qui nous révèle.

C'est une sensation de grande tranquilité, de grande cohérence. Depuis quinze jours j'ai marché un peu plus vers mon identité. Et j'ai réalisé un rêve d'adolescence: il s'appelle Elixir.


Photo Lilichocolat
Par Lilichocolat
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Jeudi 11 juin 2009
Longue parenthèse et grand coup de canif dans mes fraîches habitudes... L'organisation et ses joies est bien vite tombée aux oubliettes devant les évènements des derniers jours. Et je crois d'ailleurs que c'est normal, je me surorganisais pour meubler...
Depuis que je suis à Bourges, j'ai toujours croisé des chats sur mon lieu de travail. Des grands furtifs et des petits miaulant qui se faisaient adopter quand ils étaient trouvés. Je ne m'en occupais pas. Je m'étais éloignée de l'asso, de trop de tendresse pour ces orphelins... J'avais oublié la question problématique des naissances anarchiques, de la responsabilité directe de l'homme et de sa négligence, des incompréhensions et des réactions stupides. Je passais mon chemin. Bourges, de toute façon, c'était mon calvaire, l'épreuve de la patience, et le symbole terrible du chaton noir mort croisé lors de ma première visite à mon établissement.

Et puis il y a eu la portée de septembre. Quinze jours et l'émotion du biberon, cette sensation un peu déplacée mais douce de se prendre une heure pour une maman chat. Les trois minous ont été adoptés.
Ensuite, ce matin d'avril et la portée tout juste née à la porte de mon bâtiment... Un signe? Je décide de les recueillir, puis déstabilisée par les avis contraires partisans pour "laisser faire la nature" (mais de quelle nature parle t-on?), je les déplace et ferme les yeux sur ma lâcheté.

La semaine dernière, tout s'est accéléré: devant le bureau du directeur, des élèves traînent pour monter en cours. Ils savent que je m'occupe plus ou moins des chats du site, en tout cas que j'en ai l'intention, et quelques (maigres) connaissances. Ils m'interpellent, me demandent quoi faire. Je récupère trois boules de poils noires dans un état terrible: coryza carabiné, malnutrition, d'autres maux que je ne vois pas... C'est le début d'une course contre la fatalité, contre la négligence, contre l'indifférence. L'un d'eux ne survivra pas. Le début d'une découverte, celle de mon instinct maternel. Durant une semaine, guidée par une pro des chats (voir le site de l'asso
ici), je couve, soigne, nourris, espère, aime. Si petits, si fragiles. L'espoir au creux de la main.
Eole (si léger) et Europe sont pris en charge par l'asso à l'issue d'une semaine où j'ai peu dormi et beaucoup donné. Mon coeur se déchire. Mon espoir grandit.

Un autre minuscule chatounet est trouvé à la fin de la même semaine. Plus vif mais pas moins malade, malgré ce que les apparences voulaient nous faire croire. Adopté chez une amie de Bourges, Horus nous fait des blagues de mauvais goût... Mais pourquoi s'attache t-on si vite?

Début de cette semaine, les chatons d'avril révèlent leur cachette. Trois sont attrapés. Les deux autres, l'homme d'entretien dont le local servait de nid ne les a jamais vus...
Deux mois et apparemment en forme (mais je ne me fie plus à rien avec ces petits miséreux des rues), les chatons crachouillent encore quand je m'approche mais acceptent de plus en plus le jeu et viennent manger dans ma main.


J'ai recueilli ces six chats sans me poser de question. En suivant juste mon instinct. J'y ai trouvé un sens profond, une caverne secrète de mon âme. Une mise en abyme de ces blessures que l'on porte en soi sans jamais les bercer. Et qu'un être un jour, homme ou animal, vous permet de soigner parce qu'il vous ouvre la porte des pensées sauvages.
Cette découverte, nul ne peut mettre des mots dessus. C'est croiser un regard, et sentir que l'amour n'a pas de frontière d'espèce, que les échanges, les dialogues sont tous possibles. Que les origines de la vie palpitent à l'unisson.
Par Lilichocolat
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