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Lilichocolat -et chats- vous fait visiter un jardin un peu magique, divertissant de son mieux...
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Jeudi 14 août 2008

L’un des grands plaisirs de Paris, un Paris juste effleuré, dans la somnolence de l’été et les rues incroyablement désertes, tient en un mot : gastronomie.
Il y en a pour tous les goûts, du plus classiquement français au plus exotique.
Quelques incursions timides dans des quartiers que je méconnais me mettent l’eau à la bouche de cultures, de saveurs, de couleurs… Belleville et ses restaurants chinois, dont un, comme un désir, m’a révélé le meilleur canard laqué de ma vie… Soupir. J’ai oublié le nom.

Dans un quartier mieux connu de moi, où j’aime flâner au soleil quand il y en a, une extase.
Et la flemme de préparer un dîner se transforme en un moment de pur plaisir délicat et raffiné.
Nous sommes au Neelkanth, restaurant indien, rue de la Chine (mille voyages dans la tête).
Ambiance feutrée, sur la table impeccable brille la lueur d’une bougie sous un œuf de pierre sculpté, le mobilier est sobre et beau.
Les plats sont délicieux, raffinés, le service soigné,
l’accueil élégant et discret.
Des parfums de cardamome, anis vert, cannelle, le temps d’un repas. L’ambiance est à la sérénité.


 

 

Paris aussi pour ses cafés ouverts et colorés de gens pressés, ou moins, de gens qui prennent rendez-vous, attendent l’heure d’un mariage, un ami, un client… Ce bourdonnement délicieux, la multitude qui s’agite autour de ma table. Mi-terrasse mi-salle, je déguste mon petit noir en clignant des yeux dans le franc soleil du début d’après-midi.

Le cahier posé sur la table semble m’attendre. Suis-je une écrivante de cafés ? Des bruits ? Le minuscule, l’anecdotique déclenche une envie folle de saisir le stylo et de danser sur la page blanche. Les tout petits riens si précieux, si chevillés à la vie. Un ballet chamarré, des rythmes, des sons, des voix. L’espace d’un instant, je ne suis plus là, je sens seulement la ville qui me traverse de son onde électrique, de son énergie sous mille et mille cœurs qui battent.

Photo Lilichocolat 2008


Par Lilichocolat
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Mercredi 13 août 2008
Mon coeur est indétachable des yeux du chat. Des heures d'écriture dans la douce chaleur de cet animal totem, plus fou et plus secret que mes plus anciens songes. J'ai terminé le très beau livre - pour qui aime l'écriture et les chats - de Marcel Bisiaux et Catherine Jajolet, Chat Plume (éd. J'ai Lu 1985), dont j'avais déjà parlé. Aussi suis-je dans un état d'admiration forte et ravie pour les mots poétiques qu'ont su utiliser ces écrivains pour parler de leurs compagnons félins, d'autres chats rencontrés, d'histoires vécues avec eux ou entendues sur eux, de l'état-chat en général et de cette alchimie particulière entre la table d'écriture et cet animal plein de mystère et de grâce.
Il me reste énormément de travail, des heures et des heures encore de patience et de terribles incertitudes pour atteindre une telle poésie... Mais je ne désespère pas, moi non plus, de parvenir à bien conjuguer ma grammaire du chat.

En attendant, voici le bel hommage de Claude Roy, extrait dudit ouvrage.

"Ils nous donnent des nouvelles de nous-mêmes, de la façon dont notre affectivité fonctionne, et nous donnent des nouvelles, plus difficiles à déchiffrer, de l’autre vie, de la part de nuit et de profondeur primordiale de notre existence. J’aime le chat parce qu’il nous prouve que rêver est aussi nécessaire que respirer et se nourrir, ce que sait déjà depuis longtemps le poète. 

J’aime le chat parce qu’un jour, au musée du Caire, au milieu de centaines de statues de chats, un vrai matou vivant, aux oreilles altières, aux reins étroits, efflanqué, princier, silencieux, souverain, s’est faufilé vers moi, émergeant intact de cette nuit des temps qui, au bord du Nil, a l’éclat d’un immuable soleil du matin. Je l’ai caressé. Il s’est mis à ronronner. Je sentais bien qu’il nous accompagnait depuis des milliers d’années.

Je suis persuadé que nous ne rêvons pas seulement nos propres rêves, mais que les mondes de la nuit communiquent entre eux. Mes rêves traversent les rêves de la femme que j’aime dont les rêves se mêlent aux miens, et tous ces rêves sont probablement des rêves que mes « ancêtres » ont rêvés bien avant le paléolithique. Vivre près d’un chat, ce n’est pas seulement partager sa chaleur, ses jeux, ses plaisirs et ses peurs. C’est partager aussi l’océan invisible du règne animal, cette immensité dont nous émergeons lentement pour inventer peu à peu l’animal homme, la plus noble conquête du chat."


Dans le sud, les chats poussent dans les jardinières...
août 2008, Chats Inconnus de Villefranche sur Mer
Photo Lilichocolat

Par Lilichocolat
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Jeudi 24 juillet 2008
Je me remplis.
De câlins, de jeux, de longues contemplations. J'avais oublié quel plaisir joyeux c'était de regarder vivre un chaton...
En plus, cette grâcieuse félidée est drôlement photogénique. Heureusement que les pellicules ont cédé la place aux pixels et cartes mémoire...



Un futur chat d'écrivain?

J'accompagne quelques photos d'un poème composé la semaine dernière pendant l'Oulipo. Il existait au Moyen-Age la sextine, forme poétique inventée par un troubadour, dont la caractéristique est de comporter six strophes de six vers métrés. Pour corser le problème, une formule mathématique vient mélanger les mots finaux de chaque vers et provoque un report du mot final d'une strophe sur la suivante.
Queneau en a fait une règle applicable à un certain nombre de chiffres (certains ne fonctionnent pas, comme le 4). Un poème de ce type sur trois strophes de trois vers s'appelle "Terine"


Maître chat, aimez-vous le luxe?
Qui préférez dormir au calme
Vous étirant avec volupté

Le coussin devient volupté
En laine ou en soie, quel luxe
Votre regard rempli de calme

Votre démarche charme et calme
Vos yeux d'or sont ma volupté
Vous dans ma maison, ce vrai luxe

© Lilichocolat, juillet 2008

















Photos: Lilichocolat
Par Lilichocolat
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Samedi 19 juillet 2008


Pour le 100e article, un événement majeur dans ma vie de manipulatrice de stylo.
Durant une semaine, du 14 au 18 juillet, j'ai participé aux "Récréations" de l'OuLiPo (qui signifie Ouvroir de Littérature Potentielle, et dont les principes sont expliqués
ici) organisées à Bourges en partenariat avec Les Mille Univers, maison d'édition berryuère pleine d'avenir (elle a déjà à son actif un certain nombre d'ouvrages, son site s'étoffe doucement... Voir ici), l'Ecole des Beaux Arts, le Palais Jacques Coeur et j'en oublie sûrement...

Nous fûmes quarante-cinq, chaussant nos lunettes et nos porte-plume pour une folle aventure, immersion complète dans un tas, véritablement, de mots en vrac, à triturer, à trier, à transformer, à malmener, à oulip-oser sans complexe, sans même penser un seul instant ne pas en être capable.

Comme dit celui qui fut trois jours durant mon "maître" d'écriture, Ian Monk (bio et biblio
ici), avec beaucoup de sérieux et un fabuleux accent anglais (j'ai toujours adoré le français dans la bouche des étrangers): "La pensée est l'ennemi de l'écrivain. Il ne faut pas trop réfléchir".

Alors on s'est lancés. Comme ça, sans filet, sans trop savoir où on allait, mais avec une joie fabuleuse, un plaisir palpable.

Il en est résulté quelques belles pièces, poèmes et autres morales élémentaires (ah, mais qu'est-ce donc que cela? cf ci-dessous), sortis de nos cerveaux réjouis et pour quelques jours encore peut-être incapables de ne pas chercher une rime, même pauvre, sous un verre à pied ou au détour d'une rue... Le temps que ces piqûres d'oulipo en intra-veineuse ne fassent plus autant d'effet, mais laissent dans un coin de la mémoire un manque suffisamment fort pour que l'an prochain, à la même date, certains y reviennent. Au bout de combien de récidives est-on déclaré accro?

Sur un plan personnel, ces contacts rapprochés avec des écrivains dont l'univers m'était peu familier, voire inconnu, m'a permis d'ouvrir des horizons d'écriture dont je ne soupçonnais pas l'existence.
Leur générosité, leur patience, leur indulgence, leur ingéniosité, ont été de véritables cadeaux.
Au détour d'un mot, d'une phrase, d'une idée, j'ai découvert que le génie pouvait être offert avec une grâce à la fois éblouissante et secrète.
Des hommes, des écrivains, des personnages. Des éveilleurs de conscience. Des capacités à pousser la langue dans ses derniers retranchements, à la forcer à dire ce qu'elle ne voulait pas dire, à atteindre ses limites et à les repousser.
Les mots ne servent pas seulement à parler, exprimer des pensées, des besoins, des émotions.
Elle est un jeu à elle seule, un jeu serein et fou, passionnant et drôle, une source mystique à la fois sacrée et légère...

Ces instants partagés avec des gens des quatre coins de la France et même au-delà, de professions, âges, cultures différentes ont été aussi très précieux, ont permis de composer un tableau original, à combinaisons multiples...

Et si, finalement, c'était ça la liberté? Compositions et recompositions à volonté? Montages, démontages et remontages sans fin? Créations, re-créations, Récréations...

Levée du mystère, voici donc une morale élémentaire. Il s'agit d'un poème à forme fixe inventée par Queneau. Le système repose sur la nature des éléments utilisés. Dans ce cas, ce sont une succession de couples substantif-adjectif, suivis d'une ritournelle (7 vers d'une à cinq syllabes)

En voici une, faite en atelier:

Harnais ajusté   Chanfrein bombé   Toupet gaufré
                         Cuir épais

Odeur puissante   Œil profond    Cils longs
                             Reflets fauves

Poitrail large    Collier pesant   Anneaux argentés
                        Naseaux humides

                                Il lui tarde
                                de se lancer
                                sa crinière
                                 s'agite
                                son sabot
                                frappe le sol
                                d'impatience

Bride souple   Main ferme   Pied sûr
                       Esprits vifs

Photo: Lilichocolat



Par Nouche
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Vendredi 11 juillet 2008
Ce qu'il y a de bien à mesure que les années passent, c'est que l'on sait un tout petit peu plus comment se soigner lorsqu'on a des bleus à l'âme.
Sans doute cela paraîtra étrange à certains, mais j'ai pleuré mon chat comme on pleure un ami.
Pour avoir vécu des deuils "humains", je ne confonds pas mes sentiments, et pèse bien mes mots.
J'aime écrire.
L'acte d'écriture prend sa source dans une sphère inconnue de moi, et je ne cherche pas à savoir d'où il me vient. Cela est. Je suis heureuse que ça me traverse depuis toutes ces années en me permettant de goûter les mots, les sensations qu'ils laissent sur la langue et au creux du ventre, là où se lovent la vie et les chats qui ont partagé mes nuits.
Car mes chats et mon écriture sont deux pans de mon existence, deux conditions même.
Je ne suis pas vraiment moi sans chat, ni sans papier.
Je projette des encres tantôt noires, tantôt bleues sur des feuilles lourdes ou volantes, et toujours, toujours dans un coin de mon coeur, un chat dort et renforce de sa présence silencieuse mes heures scriptées.

Ce chat m'a quittée. J'ai pleuré tant de fois sur lui pour revenir à la vie, ironie.
Je suis heureuse de l'avoir tant aimé, et j'ai eu si mal que je sais qu'il a été vraiment à la hauteur de mes espérances. Car seuls ceux que l'on aime vraiment nous font autant souffrir lorsqu'ils nous quittent.

Il était mon chat d'écriture. Enroulé sur mes genoux, ou caché dans une armoire restée ouverte, non loin de moi et de mes fumées réflexives, de mes tentatives pour comprendre et m'arracher à toutes ces vieilles peines.
C'était un bon compagnon, une belle présence, libre et souple. Nous comprenions quelque chose du monde ensemble, il me semblait être un peu plus lucide et calme lorsqu'il m'éclairait de son beau regard...

Revenir au bureau sans lui dans mes papiers, sans ses poils et le petit creux laissé par son corps dans mes vêtements, est terriblement âpre. Terriblement sec.
Les jours passent sans que son souvenir se ternisse, ni que sa beauté se fane. Il me visite en rêves, et mes pensées sont toujours impreignées de lui, comme une teinture.




















Alors pour repasser doucement de la mort à la vie, car il faut bien continuer ce chemin, même en ralentissant quelques fois, j'ai relu le beau livre d'Anny Duperey "Les chats de hasard". Il y a quelques années, quand j'en ai fait la première lecture, ne m'étaient pas apparues alors la justesse des sentiments et la finesse des observations sur la présence des chats dans les vies des personnes pour qui ces animaux ont de l'importance, sont même investis d'un sens mystérieux, gardiens d'un secret sur nous-mêmes qui ne se révèle qu'à de précieuses et rares occasions. Il est vrai que Merzhin était mon premier "chat de hasard", et qu'il est arrivé dans ma vie l'année où le destin l'a changée radicalement ainsi que celle d'une partie de ma famille.
Acharnée à guérir depuis deux ans de tant de tristesse, de tant de mélancolie, enfin engagée sur une terre sereine, saine et fertile, baignant mon âme meurtrie dans les eaux vives et pures d'une pensée nouvelle, la brutalité du départ de ce quatre-pattes si essentiel, si chevillé à ma vie, m'a jettée à terre et brouillé la vue, les sens.

Deux semaines aujourd'hui que je lui disais adieu. Réprimant des cris qui étaient en fait bien plus sourds et plus profonds que ceux que j'aurais pu réellement exprimer.
Deux semaines qu'en réalité, en partant, mon chat m'a fait le plus beau des cadeaux: celui de la guérison. Physique, et psychologique. L'une n'allant pas sans l'autre. Après cinq années passées à mes côtés à éponger mon chagrin et toucher ma fibre aimante comme un fils en aurait joué pour sa mère, cette petite bête de substitutions parfois confuses - tout chat qu'il est, j'espère qu'il me pardonne - a définitivement tourné la plus lourde des pages de mon histoire: celle du Deuil.
Connaissant son caractère, je sais qu'un simple merci ne lui suffirait pas... Aussi je lui offre une grande reconnaissance, beaucoup d'émotion, de constater à quel point ces petits compagnons nous aident à vivre, à comprendre... à aimer.


A lire aussi: 
Chat Plume, 60 écrivains parlent de leurs chats  - Marcel Bisiaux, Catherine Jajolet - éd. Horay 1998

Photo Lilichocolat

Par Nouche
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